Faut-il Craindre l’Éclatement d’une Nouvelle Bulle Internet ?

bulle financière

Le secteur des nouvelles technologies peut-il provoquer une nouvelle bulle financière ? Risque-t-on de revivre un crash tel que celui des startups des années 2000 ? Cette question est légitime lorsqu’on voit les valorisations et prix qui se payent actuellement sur le marché. Quels sont les mécanismes à l’oeuvre ? Faut-il s’attendre à l’éclatement d’une bulle à court-terme ?

1 – EXUBÉRANCE IRRATIONNELLE

Tout d’abord, on ne peut parler de « bulle » sans sous-entendre la présence une certaine euphorie, d’une « exubérance irrationnelle » chez les agents économiques.

L’idée de départ est que l’économie et la finance fonctionnent comme des vases communicants : lorsque le taux d’intérêt dans l’économie baissent, l’attrait pour l’investissement et la spéculation augmentent, et vice-versa. En effet, si le fait d’épargner ne me rapporte qu’un taux d’intérêt faible, il est normal que je réoriente mes ressources vers d’autres actifs qui me rapporteraient plus gros.

Or, depuis la crise de 2008, la stratégie des banques centrales a été de fortement baisser les taux d’intérêt afin de re-dynamiser l’économie. Ces politiques monétaires expansionnistes étaient censées booster le prêt aux ménages et aux entreprises.

Or, l’argent aime l’argent. Et, vu que les taux d’intérêt sont faibles, les flux monétaires sont allés se loger là où ils avaient la plus grande probabilité d’être fructifiés. Et, dans ce cadre, le secteur des nouvelles technologies, avec ses taux de retour sur investissement faramineux, est l’un des plus prometteurs.

Donc, si l’argent pleut sur les startups technologiques et que leurs valorisations atteignent des sommets, c’est surtout dû au contexte financier et au potentiel de rentabilité intrinsèque au secteur.

L’auteur du billet sous-entend alors que nous ne sommes PAS en présence d’une bulle, puisqu’il n’y a pas de comportement irrationnel de la part des acteurs économiques. S’il y’a irrationalité, c’est au niveau des taux d’intérêt qui frôlent le zéro (voire négatifs) depuis peut-être trop longtemps.

 

2 – UN PHÉNOMÈNE LOGIQUE

Je dirais qu’il faut ajouter à cela plusieurs phénomènes :

  • Avec l’augmentation des valorisations à la sortie (revente à d’autres actionnaires ou intro en bourse) et la possibilité de réaliser des rentabilités stratosphériques, se développent chez les investisseurs institutionnels the fear of missing out (FOMO – peur de rater la prochaine pépite) et des mécanismes de mimétisme. C’est un cercle vicieux où les médias et le web jouent un rôle important en entretenant la mode.
  • Le développement de l’investissement direct des particuliers : ceci est facilité par les plateformes de crowdfunding (financement participatif) et, dans une moindre mesure, la multiplication des particuliers (avec une certaine surface financière) qui se muent en business angels. Et plus on est de fous, plus on rit.

 

« Comme l’a fait remarquer Robert Shiller, l’auteur de Irrational Exuberance, une bulle financière est une sorte de pyramide de Ponzi naturelle dans laquelle des gens continuent à se faire de l’argent tant qu’il y’a suffisamment de gogos pour y participer. Puis, il arrive que la structure se retrouve à court de gogos, et là tout l’ensemble s’écroule »

– Paul Krugman (« Pourquoi les crises ? »)

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En outre, il est normal que le secteur des nouvelles technologies soit attirant pour l’investisseur : la virtualisation et la mécanisation de la majorité des relations marchandes et non marchandes qu’entretenaient particuliers et entreprises est une opportunité en or. Google fait peur à la presse, Airbnb croque dans les parts de marché des hôteliers et Amazon bouscule la grande distribution pendant qu’Uber énerve les syndicats de taxis.

Nous assistons au transfert de parts de marché et d’activité plus ou moins grandes des acteurs traditionnels vers des acteurs nouveaux axés sur la technologie [a]. Les valorisations ne feraient donc que refléter ce changement de tendance au niveau des marchés.

Donc certaines « bulles » peuvent être « rationnelles » et logiques.

 

3 – ESPOIRS FUTURS

Un autre trait descriptif des bulles qui n’a pas été traité : la déconnexion entre les valorisations actuelles et la probabilité de les justifier par des performances financières dans le futur.

Dans un premiers temps, on peut observer que, contrairement aux années 2000, les entreprises technologiqus actuelles sont plus « mûres » : leurs business models et stratégie sont costauds et elles savent générer du profit.

Par contre, il est parfois difficile de justifier l’optimisme des analystes et les valorisations stratosphériques atteintes par des entreprises qui génèrent moins de chiffre d’affaire qu’une épicerie de quartier à Casablanca (Cf Snapchat). Et même pour celles qui en génèrent, on peut se demander si elles parviendront à maintenir ces niveaux de profit dans le futur (Cf Candy Crush). Ou peut-être que je me trompe, que la finalité du jeu est simplement d’entretenir la folie le temps d’une introduction en bourse, le temps de créer de nouveaux millionnaires

Il sera intéressant de voir comment les choses vont évoluer. Depuis quelques mois, les économies occidentales se stabilisent voire flirtent avec la croissance. La banque centrale américaine (FED) a déjà annoncé la décélération de son programme de Quantitative Easing. Et, dans son sillage, les autres banques centrales remonteront probablement leurs taux d’intérêt. L’euphorie autour des nouvelles technologies pourrait alors se calmer…ou pas!

Mais ce qui est sûr, c’est qu’une bulle est un phénomène que l’on comprend surtout à posteriori, une fois qu’elle éclate. Je ne suis pas devin, donc rendez-vous dans quelques années.

Note : j’aurais voulu analyser ici la situation au Maghreb en général et Maroc en particulier. Malheureusement, outre quelques exceptions, le marché n’est pas assez dynamique, peu de chiffres officiels circulent et les sucess stories sont limitées.

[a] Rosa Luxemburg expliquait l’aspect « impérialiste » des sociétés capitalistes comme une course vers l’avant. Chaque fois que le moteur se grippe, l’élargissement du système et son application à de nouveaux territoires permettrait de relancer la machine en lui offrant une nouvelle surface de jeu. Mais que se passe-t-il si les surfaces de jeu réelles viennent à finir ? Il reste le territoire du virtuel. Et lui, il est (presque) infini.

Lire également :

The bubble question
Bulle internet des années 2000
Why software is eating the world
Impact des programmes de QE sur le S&P500
Krugman – « Pourquoi les crises sont cycliques ? »
Wolf Of Wall Street : Chronique d’une société sans limites

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2 commentaires pour Faut-il Craindre l’Éclatement d’une Nouvelle Bulle Internet ?

  1. Bonjour
    L’analyse est intéréssante. En fait, vous avez mis l’accent sur une chose essentielle qui « tendrait  » à justifier la bulle.
    En parlant de migration de la demande d’une offre traditionelle, vers une offre web ( Airbnb ou Uber ), les start-ups commencent peu à peu à se détacher d’un contenu  » entertainement  » ou divertissement vers une offre pratique dont l’usage est quotidien et utile. A partir de là, la cible peut etre amenée à payer afin de rentabiliser le site. Le shéma classique de la rémunération des sites par la publicité devient caduque, si bien que les campagnes publicitaires sur le site se noient devant l’indifférence de l’internaute envers les banniéres.

    Partant de là, si le défi économique de se trouver une justication à la présence de ces sites est résolu, l’autre défi est de faire justifier l’attrait financier du site ou de l’acquisition de ces sites par les majors de l’internet. Sachez, que dés qu’il s’agit de finance et de dollars, l’esprit Geek bon enfant laisse la place à l’avidité des loups…de wall street nottament. Puisqu’actuellement l’argent coule à flot, peu de cols blancs s’évertuent à donner des explications logiques aux valorisations. Le retour sur investissement ne se mesure plus en dizaines d’années, mais sur un laps de temps court, le temps d’enflammer les marchés et rehausser le cours de la valeur en bourse. Je ne connais pas les multiples de valorisations, mais je reconnais que les financiers sont des marketeurs de la chéreté des biens, de la démesure. Si ça monte c’est bien, si ça baisse c’est la faute à l’entreprise ou le…gouvernement.

    N’oubiiez jamais qu’un financier ne saura jamais valoriser une pâtisserie. Seul un pâtissier peut le faire.

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    • Yniim dit :

      Merci pour ces très bonnes remarques !

      Je crois que l’on englobe dans le terme « startup technologique » beaucoup d’entreprises différentes. Il faudrait maybe différencier:
      1/les boîtes solides qui savent ce qu’elles font, avec un business model prouvé et acteurs de référence sur un secteur potentiellement très rentable (outre le transport avec Uber, le logement avec Airbnb, il y’a surtout les biotech qu’il ne faut pas oublier)
      2/ les succès médiatiques et éphémères, dont l’objectif final est surtout financier, plutôt qu’offrir un produit/service avec une vraie valeur ajoutée pour le consommateur.

      Pour le marché boursier, il semble que cela soit moins « irrationnel » qu’en 2000 :
      – PER moyens de 25 sur le Nasdaq en 2013 VS PER moyens de 151 en 2000 (source : http://bit.ly/1oAivqf)
      – les marchés sont moins aveuglés : les boîtes sont sanctionnées et les cours st bcp plus sensibles aux performances financières qu’auparavant.(http://bit.ly/1oAkwm3)

      Ce qui me fait dire que la folie ne dure que le temps de l’intro en Bourse, après on devient « rationnel »🙂 Et comme tu dis, c’est là la force des financiers : bien marketer la chose et optimiser l’IPO.

      En tout cas, ce qui est plus rassurant : l’éclatement d’une bulle internet aurait moins d’impact sur l’économie que l’éclatement d’une bulle immobilière ou financière.

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