Qu’est-ce que le Crowdfunding ? Quel serait son Potentiel au Maroc ?

crowdfunding financement participatif cochon tirelire

Le Crowdfunding (ou financement collaboratif) s’impose de plus en plus comme source de financement pour les entrepreneurs en Occident. Porte-étendard financier de l’économie collaborative, il bouscule les circuits classiques de financement en offrant une alternative innovante et moderne aux porteurs de projet.

Qu’est-ce que le CrowdFunding ? Quel est son lien avec l’économie collaborative ? Quelle est sa valeur ajoutée économique et sociale ?

1 – QU’EST-CE QUE LE CROWDFUNDING ?

Le concept de CrowdSourcing fait référence à la sous-traitance d’une activité (« outsourcing ») auprès du grand public (« crowd » = « la foule ») pour permettre sa réalisation. L’objectif est de tirer profit de la créativité, du savoir-faire et des ressources d’un grand nombre de personnes afin d’optimiser le résultat final.
L’idée est que la collaboration d’un grand nombre de contributeurs créérait une valeur supérieur à celle d’une organisation ou personne uniques.

Il y’a une infinité d’éléments que l’on peut externaliser (« outsourcing ») auprès du grand public (« crowd » = la foule) : on peut crowdsourcer la modération d’une plateforme de publication (comme Facebook), crowdsourcer la lutte contre la corruption (en faisant des appels à témoignage, comme Mamdawrinch), ou crowdsourcer la solution à des problématiques scientifiques complexes (comme Foldit).

Et, lorsqu’il s’agit d’externaliser auprès du grand public le financement d’un projet, on parle alors de « crowdFunding » (ou « financement collaboratif en français).

2 – TYPOLOGIE DES PLATEFORMES DE CROWDFUNDING

Il existe 3 types de sites de crowdfunding :

  1. Ceux qui collectent des contributions financières sans fournir de contrepartie (des dons). Exemple : un musicien sollicite 10 000 dhs afin de produire un album.
  2. Ceux qui collectent des contributions financières en fournissant un produit et/ou service en contrepartie. Exemple : un musicien sollicite 10 000 dhs afin de produire un album. Il fournit un CD et une place de concert à chaque contributeur.
  3. Ceux qui collectent des contributions financières en permettant un retour sur investissement, comme MyMajorCompany. Il s’agit ici d’une prise de participation dans le capital du projet financé. Exemple : un musicien sollicite 10 000 dhs pour produire un album. Si vous contribuez à hauteur de 10% de cette somme, vous aurez droit à 10% des recettes de ventes de CD.

KickStarter est le leader incontesté sur ce segment. Il s’agit d’un mix entre les 2 premières typologies citées ci-dessus, auquelles s’ajoute un aspect « achats groupés » (le projet n’est lancé que si un montant minimum de contributions est atteint). Il a récemment fendu la chronique puisqu’une société y a récolté plus de 3 Millions $ pour la réalisation du jeu vidéo « Double Fine Adventure » (voir la page-projet).

3 – QUEL LIEN ENTRE CROWDFUNDING ET ECONOMIE COLLABORATIVE ?

– Jean-Baptiste Say (18ème siècle) :
« Toute offre crée sa propre demande »
– Kickstarter (21ème siècle) :
« La demande sélectionne l’offre à valider »

Le CrowdFunding fait partie des modes de financement alternatifs apparus depuis la crise de 2008 (les prêts entre particuliers en sont un autre exemple). Il reprend donc les caractéristiques et les avantages des systèmes collaboratifs :

– Démocratique :
Toute personne peut présenter un projet à la communauté; et toute personne peut participer au financement. L’entrepreunariat devient donc accessible à tous, pour peu que le projet trouve une communauté de fans intéressés et prêts à en financer le démarrage.

– Social :
En faisant le lien direct entre une communauté de particuliers et des porteurs de projets, sans l’intermédiation d’une organisation et de manière transparente, il remet les relations humaines au centre des interactions économiques quotidiennes. Un lien « affectif » s’installe entre le contributeur financier et le porteur du projet : nous sommes donc au-delà de l’échange purement commercial; nous sommes au-delà du système classique où la banque utilise vos dépôts pour financer des projets sans que vous ayez aucune information à ce sujet et aucun choix à faire.

– Efficient :
Pensez à tous les produits/services qui nous entourent et, pourtant, nous semblent inutiles voire redondants ? En permettant une rencontre en amont entre l’offre et la demande, le Crowdfunding peut être assimilé à une sélection des projets en devenir par le grand public. En fin de compte, la contribution financière n’est qu’une sorte de validation du projet par la société, une sorte de « »projet bon à lancer » crié par la foule.
Et, en permettant une allocation des ressources financières vers des projets qui reflètent les souhaits des mini-communautés d’intérêt (fans de jeux vidéos, fans de culture/art,…) composant la société, le financement collaboratif participe à l’efficience des marchés tout en réduisant l’échec entrepreneurial et le gaspillage des ressources.

4 – QUEL POTENTIEL POUR LE CROWDFUNDING AU MAROC ?

Il ne fait aucun doute qu’une plateforme pareille serait fortement utile au Maroc. En effet, l’entrepreunariat est un excellent levier de développement et de lutte contre le chômage. Dans ce sens, le crowdfunding permettrait de remplir le vide existant au niveau de la chaîne de financement (le maillon du Capital-Risque) en offrant des ressources aux projets en phase de lancement.

Malheureusement, nombre d’obstacles existent, parmi lesquels :

– La législation :
Cet article du Soir-Echos résume assez bien l’environnement légal
-> « Dons : l’intérieur verrouille la procédure« .

Extrait de la Loi de 1971, relative aux appels à la générosité publique :
« Toute annonce ou diffusion d’un appel à la générosité publique, en particulier par voie de presse, d’affiches, de tracts, de bulletins de souscription, même distribués à domicile ou par tout autre moyen d’information, ne peut être faite que si l’appel a été autorisé et que si l’annonce mentionne le numéro de l’autorisation prévue au premier alinéa ci-dessus »

La procédure est donc lourde, peu flexible et soumise à autorisation. Elle serait difficile de la mettre en place pour CHACUN des projets qui seraient amenés à être présentés sur une plateforme de crowdfunding.

  • Le réflexe « Ligalizi » :
    Le modèle où le contributeur financier recevrait en contrepartie une prise de participation dans le capital du projet serait l’idéal. Mais la procédure au Maroc n’est pas assez SOUPLE pour que cela puisse se passer exclusivement online et en gardant des frais bas : à un moment ou un autre, la visite chez le notaire est nécessaire pour légaliser (« Ligalizi ») la chose… sans compter les frais qui vont avec.

  • Le contexte économique et l’environnement culturel :
    Le faible développement du paiement électronique, qui ne permettrait pas d’atteindre des montants élevés. Et la mentalité marocaine, plutôt conservatrice et averse au risque : le consommateur moyen est faiblement attiré par les nouvelles formes d’innovation, et peu disposé à investir sur les projets d’autrui. De plus, il est déjà assez difficile de vendre des produits tangibles et concrets sur internet : il serait encore plus difficile de demander une contribution pour un produit inexistant et en phase de production.

5 – QUEL POTENTIEL DE TRANSFORMATION SOCIALE ?

A titre personnel, je vois KickStarter comme la startup web ayant le plus grand potentiel de transformation sociale. Certes, elle ne résoudra ni le problème de la dette ni celui de la finance mondiale, mais elle résoud une multitude de problématiques économiques et sociales en utilisant le levier communautaire et la puissance du web.

Comme toujours, les américains sont les premiers à avoir compris tout le potentiel de ce modèle : Le gouvernement américain réflechit à la mise en place de lois permettrant de consacrer le crowdfunding comme source légitime et légale de financement auprès des entrepreneurs.

>> Lire : CrowdFunding : Connecting Investors and Job Creators

Dans un cadre plus utopique, et en poussant les concepts à leur paroxysme, on peut y voir un levier pour une démocratie plus directe. Imaginons une seconde l’application de ce concept à la fiscalité : une « fiscalité contributive et collaborative », une fiscalité où les citoyens pourraient choisir directement sur une plateforme les projets qui seraient financés par une part (disons 50%) de leurs impôts.

ex : je ne souhaite pas que mes impôts contribuent au financement d’un TGV, je préfère qu’ils contribuent directement à la rénovation de la vieille mosquée de mon quartier.

A ce titre, il est intéressant de noter que KickStarter a financé plus de projets artistiques que la NEA (l’agence fédérale américaine chargée de subventionner l’art et la culture). Dans un futur proche, la NEA pourrait très bien se baser sur un système à-la-KickStarter, où les citoyens choisissent directement les projets artistiques et culturels à subventionner.

A propos Yniim

Blog : yniim.wordpress.com --- Facebook : fb.com/Yniim --- Twitter : @Yniim
Cet article, publié dans Économie Collaborative, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Qu’est-ce que le Crowdfunding ? Quel serait son Potentiel au Maroc ?

  1. Lamia ben dit :

    Merci pour cette analyse très intéressante! Il faut dire que le chemin à parcourir reste très long quand on voit que des pays aussi ouverts que les USA ont du mal à faire passer la loi pour le crowdfunding des petites entreprises (d’après un article que j’ai lu il y a quelques jours http://www.sltrib.com/sltrib/mobile/53728101-68/bill-bank-senate-investors.html.csp)
    Mais au delà des législations, je pense que l’obstacle ultime restera la mentalité. Si nous n’arrivons pas à embrasser la culture du partage dans son VRAI sens, nous ne nous en sortirons jamais! Et je pense sérieusement que si nos attitudes collaboratives arrivent à migrer vers le 2.0, la loi suivra…
    A bon entendeur!

    J'aime

  2. @Yniim dit :

    @Lammiia
    Oui et même en France la finance collaborative peine à se développer http://bit.ly/GM4hz0

    L’environnement légal reste qd même un frein majeur au Maroc. Car, même pour « tester » les mentalités, voir si elles adhèrent ou pas, il faudrait d’abord que le frein légal soit levé pour pouvoir lancer quelque chose…

    J'aime

  3. Anonyme dit :

    Un travail consistant et admirable, je te félicite.
    Pour répondre à tés questions, le CrowdFunding pourrait bel bien avoir une place dans notre économie à condition que l’esprit du risque s’installe dans nos mentalités pour pousser les gens à participer à des projets porteurs de valeur ajouté à notre pays. Et si cela venait à ce faire je dirai que plus de 70% opterons pour l’option d’avoir une part dans le capital.

    J'aime

  4. Anonyme dit :

    @Yniim
    Analyse pertinente et résumé intelligent. Bravo.
    Est-il possible de te contacter en privé, via une adresse mail ?

    Alexandre

    J'aime

  5. @Yniim dit :

    Salut alexandre –> écris-moi via formulaire de contact de ce blog
    Ou via la messagerie de la page FB de ce blog

    J'aime

  6. AzizaR dit :

    Les mre seraient une bonne foule pour ce genre de funding.

    Pensez au nombre de millions que les mre apportent au pays et tous souhaiterait participer à son développement, à la création d’emplois pour qu’aucun jeune n’est le temps de « tenir nos murs » ou de siffler les filles… Qui ne rêve pas d’un Maroc pleins d’entrepreneurs et entrepreneuses…
    Je pense qu’il faudrait essayer, de plus l’appel aux dons et aux prêts se feraient hors du Maroc donc pas de blocage juridique… Il y a des volontaires pour y songer plus concrètement?

    J'aime

    • Yniim dit :

      Bonjour Aziza
      En effet, une telle plateforme intéresserait sans doute les MRE !

      A ma connaissance, plusieurs personnes/groupes de personnes réfléchissent à mettre en place un tel projet : http://bit.ly/17oWoeu. Mais, pour des raisons qui me sont inconnues,les choses tardent à se concrétiser…

      Peut-être à cause des freins et limites cités dans l’article. Peut-être que personne ne se sent assez solide pour un projet si risqué (l’investissement initial doit être conséquent et rien ne garantit que ça marchera : l’entrepreneur ne gagnant qu’une micro-commission par investissement facilité, il se doit de traiter un volume élevé de transactions pour pouvoir couvrir ses coûts de fonctionnement).

      J'aime

    • soraya dit :

      si la structure juridique qui lance cela est au maroc, alors elle est soumise aux lois marocaines. donc il y’aurait toujours blocage juridique

      J'aime

  7. Ping : Bientôt une Plateforme de Crowdfunding Au Maroc ? | Economie Finance Technologie Medias

UNE QUESTION ? UNE REMARQUE ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s