Le Cercle Vicieux qui Freine le Développement des Startups Web au Maroc

success fail

Je viens de lire un très bon article de Mohammed Cherifi qui dresse un état des lieux de l’entrepreunariat web au Maroc, tout listant les obstacles qui freinent son développement. En complément, j’aimerais mettre ici l’accent sur un noeud important, voire un cercle vicieux, qui bloque l’émergence d’entreprises de nouvelles technologies originales au Maroc.

Pourquoi les startups marocaines font du « copier-collier » de services web occidentaux (dites « copycats ») ? Comment les modalités de financement des entreprises de nouvelles technologies peut aider à comprendre cette absence d’innovation ?

« COPIER – COLLER »

Il est vrai que le marché marocain se distingue par la faible originalité des services offerts et la multiplication des « copycats » (reproduire des business ayant réussi en Europe). Mais le problème ne réside pas dans le simple fait de copier-coller.

En Allemagne, la société Rocket Internet des frères Samwer s’est spécialisée de manière efficace sur ce crénau :
1- Déployer en mode commando militaire les services qui commencent à marcher aux USA.
2- Dominer le marché européen (en investissant massivement sans se soucier de la rentabilité).
3- Pour l’acteur américain souhaitant pénétrer le marché européen, le rachat de la société des Samwer apparaît alors comme le moyen le plus simple, rapide et économique d’acquérir rapidement de la notoriété et des parts de marché.

C’est ainsi qu’ils ont imposé Citydeal et se sont fait racheter par Groupon. C’est la même tactique qui est utilisée aujourd’hui avec Wimdu face à AirBnb.
Mais cela n’est possible que parce que la structure des marchés américain et européen reste relativement similaire et que la copie européenne prend quand même en compte certaines subtilités du marché local.

En outre, l’attrait (excessif) pour les copycats au Maroc témoigne d’un mode de pensée entrepreunariale peu ancré dans son environnement et sa réalité :
L’entrepreneur se demande « quel service je veux offrir? » ou « quel service serait cool? », au lieu de se demander « quelle problématique je veux résoudre au sein de la société marocaine? » ou « quel besoin je souhaite satisfaire chez une cible précise? ».

Arrivés à ce point, on comprend bien que le prêt-à-porter n’est pas LA solution ultime : il faut voir l’habit sur celui qui le porte, être prêt à l’adapter ou, éventuellement, faire du sur-mesure.

Certes, les sites de deals marocains sont bien des copycats. Mais leur succès est dû au fait qu’ils répondaient à un besoin concret chez leur cible (comment permettre au cadre marocain de découvrir un maximum de bons coins dans sa ville sans se ruiner ?) et que le modèle a été adapté au contexte marocain (paiement en espèces, paiement dans une agence proche,…)

L’objectif devrait donc être de répondre à des besoins et problématiques concrets chez les marocains : c’est ce qui attirera une masse critique d’utilisateurs -> ce dernier point est la 1ère étape vers le succès.

Tenez, Facebook par exemple, n’avait aucun business model au départ. Mais il répondait à un besoin concret (optimiser la manière de communiquer et partager sur le web), ce qui lui a permit d’attirer des millions d’utilisateurs. La manière dont cette audience a été monétisée (le business model quoi) s’est définie au fur et à mesure.

Mais, direz-vous, cela signifie que Facebook avait une assise financière assez solide, lui permettant de tenir plusieurs années avant d’engranger des revenus ? Et c’est là qu’on en vient à l’aspect financement.

L’ARGENT : UNE CONDITION OU UNE CONSÉQUENCE ?

L’esprit entrepreuneurial ne saurait s’épanouir en dehors d’un écosystème financier qui le porte, lui permette d’innover, prendre des risques et sortir des sentiers battus.

Or la structure des fonds d’investissement au Maroc reste très limitée :
il y’a des possibilités au niveau du capital-développement (pour un projet existant, ayant fait ses preuves et nécessitant de passer à un niveau supérieur), mais peu de capital-risque à proprement parler (financer la création et le démarrage de la société). Dans ce sens, les problémes des entrepreuneurs du web se confondent avec ceux de l’entrepreunariat en général au Maroc.

Et cela nous renvoi au paradoxe de l’oeuf et de la poule (qui a accouché de l’autre ?) et fait que l’on tourne en rond :
– D’un côté, les bailleurs de fonds n’osent investir fortement car les niveaux de risque et de rentabilité attendue des projets semblent aléatoires -> ils cherchent plutôt à ACHETER un succès PROUVÉ.
– De l’autre, les entrepreneurs n’osent être créatifs et trouvent peu de mains tendues pour concrétiser leurs projets -> ils cherchent plutôt à FINANCER un succès POTENTIEL.

La frivolité des investisseurs fait donc que nous avons un web marocain limité en terme d’usages et de possibilités : communication, marketing, sécurité, recherche d’informations et divertissement semblent être les seuls créneaux « acceptables ».

A la décharge des fonds d’investissement, on peut reconnaître qu’il est très difficile d’évaluer la pertinence et le potentiel de réussite d’un projet web au Maroc : il existe très peu de références ou d’historique de succès pour les rassurer. La visibilité des projets à moyen terme étant faible, ils préfèrent sans doute se rassurer en finançant des schémas ayant fait leurs preuves au-delà de nos frontières.

D’où les copycats…..
(on n’est pas sortis de l’auberge!)

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LIEN VERS L’ARTICLE AUQUEL CE BILLET FAIT RÉFÉRENCE :
Il faut sauver le soldat « Web au Maroc »

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4 commentaires pour Le Cercle Vicieux qui Freine le Développement des Startups Web au Maroc

  1. Anonyme dit :

    Très bon article complémentaire Youssef; le marché marocain et saturé maintenant avec des profils de ce métier, mais des faux profils!
    Je t’encourage chef.

    J'aime

  2. Anonyme dit :

    Je suis d’accord avec à peut prêt tout de qui est dit dans cet article.
    à la limite le copycat n’est pas un mal, bien qu’a une certaine concentration le marché s’effondre, les sites de deals par exemple, c’est abusé, il y en a deux nouveau par jour … copier le concept d’accord mais en y apportant une originalité.
    Au Maroc la spécialité malheureusement est le copier/coller pure et simple, allant de la mise en page jusqu’au contenu, en prenant avec la charte graphique et le logo au passage.
    Le manque d’esprit d’entreprenatiat est un frein également, mais il y a une raison pour ça : au Maroc il y a beaucoup de capitaux dormant qui ne font pas l’effort de penser, ils attendent qu’un jeune apporte l’idée, s’endette pour la réaliser pour venir faire dix fois mieux dix fois plus grand et l’éclater (comme dirait Gad El Maleh) …. bref le sujet est vaste🙂
    malgrès tout je fais confiance en la nouvelle génération, il y a des startups qui innovent et qui ont tout compris, l’avantage que le Marocain garde encore c’est de faire avec les moyens du bord. si une micro sillicon valley prend en charge ces startups marocains on ferait des miracles … riches investisseurs Marocains si vous passez par là, vous savez ce qui vous reste à faire😉

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  3. soraya dit :

    le dernier paragraphe (la poule ou l’oeuf LOL) me semble le point le plus important. Personne va te financer si tu as pas des perspectives de bénéfice. Et si tu peut pas te financer beh tu peux même pas te lancer…

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  4. Ping : Un Investisseur en Nouvelles Technologies Analyse les Marchés Marocain et Africain | Economie Finance Technologie Medias

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