Comment l’Économie Collaborative Reproduit des Pratiques Sociales Marocaines Historiques

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A l’issue du billet de présentation de l’économie collaborative , plusieurs personnes ont indiqué que ces initiatives avaient toujours existé au Maroc. En effet, certaines coutumes et startups au Maroc peuvent effectivement répondre aux critères de « l’économie du partage ».

Quelles pratiques sociales ou organisations ont des caractéristiques similaires au concept d’économie collaborative au Maroc ?

Note : quelques informations mises à jour (en bleu).

HÉBERGEMENT :

  • AIRBNB : Hébergement à court terme entre particuliers.
    Maroc → «Dayf Allah» (littéralement « l’invité de Dieu ») : il était de coutume d’offrir l’hébergement et le repas gratuitement à tout voyageur en détresse qui en ferait la demande. Cela ne se fait plus aujourd’hui : ni gratuitement, ni en échange d’un paiement. L’échange mutuel de maisons/appartements n’est pas commun non plus. Par contre, une recherche rapide sur AirBnb et CouchSurfing montre qu’il y’a énormément de marocains inscrits en tant que « hôtes », disponibles pour héberger des touristes étrangers de passage au Maroc en contrepartie d’un paiement.

mise à jour : une nouvelle loi sur l’hébergement touristique menace les services de type Airbnb au Maroc.

ALIMENTAIRE :

  • LA RUCHE QUI DIT OUI ! = Achats groupés, directement auprès des producteurs et organisés par zone géographique ou quartiers. 
    Maroc → Dans les souks et marchés populaires, il n’est pas rare de voir des personnes mettre leurs commandes en commun afin de négocier un meilleur prix au KG avec le vendeur. Au niveau urbain, avec la multiplication des épiceries, supermarchés et hypermarchés, cela ne se fait plus.
    Note : Malheureusement, le marché marocain des fruits & légumes se distingue par un trop grand nombre d’intermédiaires, ce qui est l’une des principales causes du renchérissement du côut des produits. Une initiative pareille serait très utile.
  • SUPERMARMITE = Achat/Vente entre particuliers de plats « faits maison », en temps réel et via localisation géographique.
    Maroc → En période de Ramadan, il est d’usage d’offrir le repas du ftour (rupture du jeûne) aux personnes dans le besoin qui en feraient la demande.
  • LAND-SHARING : Mise en relation des détenteurs de mini-jardins/potagers avec des fermiers/agriculteurs. Ces derniers s’occupent de cultiver des fruits/légumes sur le lopin de terre, puis partagent la récolte avec le propriétaire. C’est la version moderne du métayage.
    Maroc → Cela rappelle le concept de « Khammass » (« 5ème ») dans certains villages : comme son nom l’indique, ce dernier cultive la terre au nom du/des propriétaire(s) et prend 1/5ème de la récolte. Ce métier existe encore en milieu rural, mais rien de tel dans un cadre urbain.

FINANCEMENT :

  • ZOPA : Plateforme de prêts/crédits entre particuliers. 
    Maroc → « Daret » : système de prêts financiers entre particuliers au sein de micro-communautés (voisinage, cadre professionnel), sans justificatif écrit et basé sur une entente entre les membres. Sinon, les emprunts entre particuliers (toujours dans le cadre de communautés connus) matérialisés par une reconnaissance de dette existent toujours.
  • KICKSTARTER : Plateforme de crowdfunding, c’est-à-dire de financement de projets via plusieurs micro-investissements d’internautes.
    Maroc → RAS. Ce secteur est fortement légiféré.

mise à jour : Ayant trouvé des moyens légaux de dépasser les contraintes imposées par la loi, des plateformes de crowdfunding sont apparues depuis 2012. Voir Smala & Co et Atadamone.

EMPLOI ET TRAVAIL :

  • TASKRABBIT : Une sorte de marché de l’emploi temporaire (ou micro-tâches).
    Maroc → Au niveau rural, cette fonction était remplie par la place centrale du village (souvent à proximité d’une mosquée) où des hommes flânaient dans l’attente qu’un employeur leur propose un travail pour la demi-journée ou la journée. Au niveau urbain, cela existe également : ça s’appelle «le système D»🙂
  • LOOSECUBES : Permet de monétiser un espace de travail et faire de votre bureau un espace de coworking. Permet également de trouver des espaces dédiés au coworking à proximité. 
    Maroc → Je ne sais pas si l’on peut présenter le TechnoPark comme un espace de coworking à proprement parler.

mise à jour : Sur internet, il existe la plateforme de micro-jobs Brikoule. Et plusieurs espaces de coworking se sont créés depuis 2012. Voir New Work LabsHay, Ambre, CreativeBox

TRANSPORT ET MOBILITÉ :

  • COVOITURAGE.FR : plusieurs personnes voyageant dans le même véhicule et partageant les frais de transport. 
    Maroc → Aucun site de référence. Mais des initiatives de co-voiturage s’organisent de manière informelle via les réseaux sociaux (facebook & Twitter) à l’occasion de certains événements. Par contre, la location ou le prêt de véhicules à court terme entre particuliers n’existent pas.

mise à jour : Plusieurs initiatives apparaissent dans le domaine des transports de particuliers. Voir le leader mondial Uber (installé à Casablanca), iTaxiVotreChauffeur.ma, Carpooli, Carmine (voitures en libre service). Ce secteur semble le plus prometteur.

AUTRES :

  • Achats groupés :
    Les sites de deals se sont démultipliés au Maroc depuis 2010. (mise à jour : la fragilité de leur business model a poussé la plupart a fermé boutique).
  • Achat/Vente entre particuliers, d’objets neufs ou d’occasion :
    Plusieurs sites de petites annonces existent sur le web marocain. SoukAffaires (soutenu par le MNF) étant peut-être le plus visible. (mise à jour : SoukAffaires a été largement dépassé en parts de marché par le leader Avito).
  • Locations à courte-durée de matériel :
    De très (très très) rares commerces en proposent.
  • Echange de services : RAS.
  • Troc/échange :
    MonPlacard.ma pour l’échange de vêtements. Troc.ma : projet ayant gagné le SW-Casablanca 2011, mais on ne voit tjrs rien venir.

CONCLUSION

Des pratiques sociales autour de l’entraide et la solidarité ont de tout temps eut lieu au Maroc. Leurs principales caractéristiques :

  • Gratuité de l’action la plupart du temps.
  • Acte temporaire et épisodique, car ancré dans un contexte particulier.
  • Réalisés plutôt dans un cadre rural : l’urbanisation et le mode de vie qu’elle implique ne se prêtant pas à leur prolifération.
  • Dans le cadre de micro-communautés où les membres se connaissent réellement (voisinage, famille, travail), par opposition à des communautés virtuelles avec une large masse d’utilisateurs.
  • Un cadre plutôt informel (absence de preuves ou justificatifs).
  • Souvent assimilable à une entraide envers une classe sociale vue comme plus faible ou dans le besoin.
  • Une teinte religieuse assez forte autour de ces actes.
  • Certaines opérations (vente-achat de produits d’occasion, services à la personne) sont réalisées au quotidien pour survivre, par une population majoritairement pauvre et professionnellement précaire.
  • Des startups marocaines opèrent dans ce domaine, mais sans se prévaloir pour autant de cette mouvance.

mise à jour : Depuis quelques années, le Maroc connait un certain essor de l’entrepreneuriat social, favorisé par le développement de tout un écosystème (accélérateurs, incubateurs, associations, ONG, espaces de coworking…). De même, la réussite commerciale des initiatives occidentales, largement relayée sur le web marocain, a encouragé nombre d’entrepreneurs à investir ce marché. C’est dans ce sillage que des initiatives rentrant dans le cadre de l’économie collaborative se sont développées.

Malheureusement, il semblerait qu’aucune initiative n’ait atteint une masse critique en terme d’utilisateurs ou de volume traité. Signe des difficultés à pénétrer le marché marocain avec des concepts qui ne sont certes pas innovants (comme le prouve cet article), mais plutôt structurés et formalisés.

A voir : pour accompagner ce mouvement, une antenne marocaine du think-tank OuiShare a été créée.

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8 commentaires pour Comment l’Économie Collaborative Reproduit des Pratiques Sociales Marocaines Historiques

  1. Anonyme dit :

    C’est vrai que ce genre d’operations ont toujours existe au Maroc, et plus le Maroc se « civilise » plus elles disparaissent. Je pense c’est surtout l’absence de confiance qui freine les gens, en plus kol wahed ki dreb 3la rasso comme on dit chez nous🙂 rassi ya rassi🙂

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  2. Anonyme dit :

     » Covoiturage.fr : plusieurs personnes voyageant dans le même véhicule et partageant les frais de transport.
    Maroc → Aucun site de référence.  »

    tu tapes covoiturage+maroc sur google il te sort coco.ma.
    c’est même passé sur le jt de 2M…

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  3. @Yniim dit :

    je n’ai pas dit « pas de site »,j’ai dit « pas de site de référence ».
    Et ce n’est pas coco.ma ,mais cocovoiturage.ma🙂
    Ce site est-il à jour ?

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  4. Startup12 dit :

    Le maroc a connu le développement de Brikoule.ma , première plateforme de mise en relation entre particuliers/Freelances et Entreprises, pour des prestations digitales (Développement Web, Web Marketing, Traduction, Graphisme, Design), au-delà du nom qui s’inspire de notre culture populaire, on y trouve des Freelances Sérieux/Motivé des travaux d’une très bonne qualité et à petits prix.
    La Start-up est à suivre !

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  5. rahmo mohamed dit :

    le problème que nous avons dans ce pays c’est qu’on part chercher dans des concepts qui existent ailleurs et on essaie de les appliquer ici, au lieux de développer les concepts qui existent déjà, c’est comme pour la gestion de la chose commune la jmaa oula twizi suffisaient très largement, après l’importation des concepts comme la communes, la régions etc .. les choses ont stagné … excellent article Youssef keep on rocking

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    • Yniim dit :

      Merci Mohamed !

      Les concepts sont similaires. Mais la grande valeur ajoutée des startups occidentales est d’avoir organisé et structuré ces usages/coutumes. Ce formalisme (avoir un justificatif écrit, éventuellement une assurance en cas de problème, un évaluation des utilisateurs pour « purifier » la communauté etc ) est nécessaire pour développer ces concepts à une plus large échelle et construire une large communauté de participants.

      Chose que nous n’avons pas su faire au Maroc. Et qui explique que ces acteurs géants ont repris nos concepts, les ont optimisés, et maintenant nous dépassent et vont nous imposent LEUR manière de vivre ces pratiques sociales.

      Merci pour le commentaire🙂

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